Imperceptiblement, je me sens vieillir. Lentement. Presque vicieusement. Pourtant, enfant puis adolescente, je n’aimais pas ma jeunesse. Je
voulais être adulte, pour mieux comprendre, pour mieux réfléchir. Pour être mieux acceptée, tolérée même, par mes aînés. Les jeunes de mon âge m’étaient, pour la plupart, indifférents. Je n’ai
jamais eu la crainte de vieillir, la phobie de la vingtaine, ni de la trentaine. L’idée de passer d’une tranche d’âge à une autre n’a jamais été un problème pour moi, bien au contraire.
Contrairement à beaucoup de jeunes (et de moins jeunes d’ailleurs), et à l’inverse de la mode ambiante qui méprise la maturité et l’expérience, j’ai toujours eu beaucoup de respect et d’admiration pour les aînés, ceux qui ont vu, ont vécu… Je ne suis pas partisane d’un respect de convenance, mais plutôt d’une considération mesurée de l’expérience, dans toute sa modestie.
Mais aujourd’hui, je me sens passer une étape. Dans la trentaine, on est considéré comme jeune par les plus vieux, et mature par les plus jeunes. Trente trois ans, c’est l’âge idéal, celui de toutes les séductions, de toutes les réflexions. Mais c’est aussi souvent l’âge des bilans, des remises en question, des constats de réussite et d’échec. C’est le moment ou l’on réalise que, mine de rien, on a fait presque fait cinquante pour cent du chemin. Que s’il nous reste encore beaucoup de belles années à vivre, qu’on en a gâché probablement pas mal et qu’il est trop tard pour les rattraper.
Et puis, des petites choses… comme la mémoire par exemple, qui devient plus floue dans le quotidien, mais particulièrement précise pour les événements marquants de l’existence. Également certains signaux envoyés par le corps : les courbatures, la fatigue…
Rien de grave, vraiment. On change peut-être de tranche d’âge, mais on reste ce que l’on a toujours été. On réalise simplement de temps en temps que ceux dont on a l’impression qu’ils pourraient être un frère ou une sœur, ont en fait l’âge que nos enfants auraient, si on en avait. Finalement, la jeunesse ne se compte pas en années.
Imperceptiblement, je me sens vieillir… mais je sais bien qu’au fond, je ne serai jamais vraiment vieille....




udrais...
Qui me dérange!?